RISE
TO THE
KINGDOM
VILLAGE OF PEACE
À la fin des années 1960, dans le contexte des luttes pour les droits civiques aux États-Unis, un groupe d’Afro-Américains décide de quitter ce qu’il considère comme la « terre de l’esclavage ». Guidés par Ben Carter, sidérurgiste de Chicago devenu Ben Ammi Ben Israël, ils se définissent comme les descendants des anciens Hébreux. En 1967, une vision spirituelle marque le point de départ d’un exode vers la Terre promise. Après une étape difficile au Libéria, la communauté s’installe finalement à Dimona, dans le désert du Néguev, en Israël.
Ils y fondent le Village de la Paix, où s’organise une vie communautaire structurée par la spiritualité, l’autonomie et le collectif. Dans cet environnement aride, les Black Hebrew Israelites élaborent progressivement une organisation sociale fondée sur l’agriculture durable, une alimentation vegan et une discipline communautaire forte. Leur projet dépasse la seule dimension religieuse : il s’agit de bâtir une société autonome, en relation étroite avec la terre et avec ses membres.
Longtemps marginalisée et confrontée à des difficultés de reconnaissance en Israël, la communauté a pourtant transformé ce territoire désertique en un espace de vie structuré. Jardins collectifs, pratiques de santé naturelles, organisation éducative et initiatives culturelles participent à un modèle de vie qui résonne aujourd’hui avec certaines préoccupations écologiques contemporaines.
J’ai découvert cette communauté en 2015 à Tel-Aviv, grâce au producteur de musique Paul Kane, qui m’a fait connaître leur histoire ainsi que celle du groupe Soul Messengers. Dans les années 1970, leur musique soul et jazz avait contribué à créer des liens avec la société israélienne. Intrigué par cette trajectoire singulière, j’ai cherché à entrer en contact avec la communauté. Après plusieurs mois d’échanges, j’ai obtenu en 2022 l’autorisation de travailler au sein du Village de la Paix.
Mes photographies s’articulent principalement autour du portrait. En rencontrant les membres de la communauté, j’ai cherché à donner une présence à celles et ceux dont l’histoire reste peu visible. Les images s’attachent aux personnes, à leurs visages, à leur manière d’habiter ce territoire et de faire communauté. À travers ces portraits, il s’agit moins de décrire un modèle que de rendre perceptible une expérience humaine : celle d’un groupe longtemps stigmatisé qui, dans le désert du Néguev, a construit une forme d’organisation sociale singulière.
Cette série propose ainsi d’observer comment un groupe d’exilés a transformé un espace aride en lieu d’ancrage. Entre spiritualité, autonomie et attention portée à l’environnement, les Black Hebrew Israelites ont élaboré à Dimona une expérience collective qui interroge notre manière d’habiter le monde.






















