Aux confins du Marais poitevin, à Béceleuf, Samuel vit dans une ancienne forge sans eau courante ni électricité. Gaël habite une caravane installée à l’orée du jardin-forêt qu’ils cultivent ensemble selon les principes de la permaculture. Ail des ours, herbacées sauvages et arbres fruitiers y poussent selon les saisons.
Ensemble, ils vendent une partie de leur production sur les marchés locaux et tentent de subsister de cette économie fragile.
À quelques rues, Marion, compagne de Samuel, vit dans une maison éco-construite où elle cultive plantes médicinales et aromatiques.
Trois existences engagées dans une recherche de sobriété et de cohérence. Une communauté discrète, structurée par l’entraide,
le travail de la terre et l’attention portée au vivant.
Samuel et Gaël vivent avec un trouble bipolaire. Ici, cette expérience ne se réduit pas à une pathologie : elle infléchit leur rapport
au temps, au silence et à la perception du monde qui les entoure. Le jardin-forêt devient un espace de travail, mais aussi un lieu d’accueil où voisins et proches viennent parfois partager un repas, apprendre ou simplement se reposer.
La feuille du figuier, dans la tradition, dissimule autant qu’elle protège. Ce jardin agit de manière comparable : il abrite sans exclure.
HaBitus – Les feuilles du figuier renvoie au concept développé par le sociologue Pierre Bourdieu : l’habitus désigne l’ensemble des dispositions et des gestes façonnés par le monde social. Dans ce village du Marais poitevin, Samuel, Gaël et Marion cherchent
à en déplacer les contours : ralentir les rythmes imposés, réapprendre des savoir-faire agricoles, expérimenter une autonomie partielle.
Depuis mars 2024, je documente ces existences. Cette démarche n’est pas celle d’un simple observateur : je partage ce territoire
et les temporalités qui le traversent. Par la photographie argentique, je tente de saisir les gestes ordinaires — cultiver, réparer, attendre — et les équilibres fragiles qui se construisent entre autonomie, vulnérabilité et attention portée aux êtres comme à l'environnement.
Ce travail s’inscrit dans la durée. Par des retours réguliers, j’observe les transformations du lieu, les stratégies d’autonomie qui s’inventent et les relations humaines qui se recomposent. C’est une résistance douce, un contre-habitus nourri de soin et de lenteur,
où l’expérience intime devient un acte politique. L’arrivée prochaine d’un enfant viendra également transformer cet équilibre.
















