אני
Je
أنت
Tu
אנחנו
Nous
Dieu n’a cessé de rendre la lumière fragile.
Hébreu et arabe se confondent en un même murmure, archéologie d’un territoire fragmenté, laissant place à l’infatigable conquête de l’identité.
Entre 2015 et 2019, j’ai traversé Israël de l’intérieur, loin des lignes du conflit, à la recherche de ce qui relie malgré les fractures.
Je אֲנִי (Ani), Tu أنت (Anta/Anti), Nous אנחנו (Anachnu) est un projet photographique : une traversée des visages, des gestes et des silences qui préservent l’humain
au cœur du tumulte. Il explore la cohabitation, la mémoire et le quotidien d’un pays fracturé, à travers un regard intime et immersif.
Partir pour Israël n’était pas un voyage, c’était se confronter au conflit autant qu’à soi-même.
Cette terre déchirée, lieu d’espérance et de désillusion, m’appelait comme un dialogue à tisser.
Après une année d’allers-retours, pénétré par la lumière, j’ai entrepris l’exil : quitter ce que j’avais, me délester de mon existence antérieure, suivre mon intuition photographique et fixer les instants. Mes images tentaient de révéler ce que les récits dominants laissent dans l’ombre.
J’avais 38 ans, un hébreu balbutiant, aucun parent sur place, peu de moyens. Tout semblait me désarmer, mais cette dépossession fut une chance. Le langage se taisait, l’ivresse photographique me possédait. Pas à pas, des identités se révélaient dans les espaces appauvris des « secondes zones », là où l’histoire s’effiloche pour laisser place à l’intime et au secret.
Dans ces zones mixtes, où les identités se croisent et se heurtent, j’ai découvert des fragments d’humanité : Juifs, Palestiniens, travailleurs sans papiers — tous habitaient ces espaces mêlés, où les histoires se superposent et s’entrelacent.
Ce n’était pas une quête d’affirmation identitaire. Je portais un regard d’étranger, à la fois dedans et dehors. Les récits opposés m’invitaient à dépasser la vision binaire et à m’ouvrir à la complexité du territoire.
Entre division et coexistence, je photographiais à la recherche de traces enfouies, de dialogues possibles.
Chaque image tente de rendre justice au présent, de témoigner de ce qui subsiste malgré tout — celui que je rencontre est une part de moi que j’ignorais encore.
Je אֲנִי, Tu أنت, Nous אנחנו se compose en noir et blanc et en couleur, selon le terrain et l’évidence du moment.
Le noir et blanc pour l’intemporel, la mémoire, les strates du temps ; la couleur quand le présent s’impose.
Ce choix instinctif, dicté par le terrain et l’intuition, tisse un récit fragmenté — une cartographie du réel loin de la guerre, un regard sur la cohabitation fragile et la persistance du vivant.






















