
Villeneuve-Saint-Georges, au sud-est de Paris, est traversée par la Route Nationale 6, les voies ferrées et le couloir aérien d’Orly. Pensées comme les symboles d’une modernité conquérante, ces infrastructures imposent aujourd’hui
leur présence continue à ceux qui vivent sous leur emprise. Le bruit ne cesse jamais vraiment. Les vibrations traversent
les murs. Les avions découpent le ciel à intervalles réguliers. La ville semble respirer au rythme des circulations qui
la traversent.
Ville populaire du Val-de-Marne, parmi les plus précaires du département, Villeneuve-Saint-Georges porte
les conséquences directes de cette organisation du territoire. Ici, ces aménagements ne dessinent pas seulement
le paysage : ils façonnent les usages, les déplacements, les habitudes et parfois même les corps. Le béton, le trafic routier, les rails et les couloirs aériens composent un environnement où la saturation est devenue ordinaire.
Pour comprendre cette réalité, j’ai parcouru à pied la RN6, de la gare de Villeneuve-Saint-Georges jusqu’au Carrefour Pompadour. Au fil de ces traversées, la violence du lieu s’impose physiquement : l’air chargé de particules, le vacarme permanent, les vibrations des poids lourds. Par moments, les conversations s’interrompent au passage d’un avion.
Ce qui frappe n’est pas seulement l’intensité de ces nuisances, mais leur banalisation.
Les habitants rencontrés racontent une adaptation devenue réflexe : fenêtres maintenues closes malgré la chaleur afin d’éviter les projections de kérosène lors des décollages et la poussière soulevée par le trafic. Cette violence devient
le décor permanent d’existences qui continuent malgré tout.
Dans cet environnement contraint, j’ai cherché les présences qui résistent à l’effacement. Des visages, des fragments
de vie qui émergent entre les ouvrages de transport et les flux. Là où l’espace paraît saturé, des formes discrètes d’attachement et de persistance continuent d’exister.
Le souffle du néant est une série sur cette cohabitation entre les habitants et un territoire façonné par ces réseaux
de transport. Entre vacarme et silence, immobilité et mouvement, le projet interroge ce que devient la vie lorsque l’on habite un lieu pensé avant tout pour être traversé.






















